Localiser La Mecque : guide pour comprendre où elle se trouve

750 000 visiteurs. Un chiffre qui donne le vertige, mais il ne résume qu’une facette du pèlerinage à La Mecque et à Médine, ces villes qui font vibrer le cœur de millions de musulmans chaque année. Marziyeh Ebrahimi, écrivaine iranienne, raconte son périple à La Mecque et à Médine pour la Omra, un privilège réservé aux musulmans. De la ferveur à la découverte, voici le récit d’une expérience à la fois intime et universelle.

Visiter la Mecque et la Médina pour la Omra ou le Hajj : Voyage pour un voyage « rêve de vie » des musulmans

L’écrivaine iranienne Marziyeh Ebrahimi partage son aventure vers La Mecque et Médina pour la Omra, une expérience accessible exclusivement aux musulmans. Ces deux villes saintes d’Arabie Saoudite accueillent chaque année des centaines de milliers de pèlerins. Ce texte restitue les émotions et les impressions de son récent voyage.- Ed

Par Marziyeh Ebrahimi

Un voyage à La Mecque ne serait pas complet sans passer par la Ka’ba, symbole central de la foi islamique. Pour un croyant, mettre les pieds sur ces terres, c’est toucher à la racine même de l’Islam et à l’histoire du Coran. C’est là que s’élèvent des monuments sacrés, témoins des moments majeurs de la tradition musulmane.

L’Arabie Saoudite, terre natale du Prophète Mahomet, représente bien plus qu’une destination. Toute la préparation vers ce voyage converge vers la Ka’ba, première maison édifiée pour adorer Allah.

Pourquoi j’aimais vivre en Arabie Saoudite en tant que femme

Le pèlerinage, c’est aussi une traversée intérieure qui bouleverse et marque à jamais.

Lors de cette Omra, je me suis rendue à Médine puis à La Mecque pour vivre pleinement ce moment de dévotion.

Avant le départ

En Iran, beaucoup attendent leur tour pendant des années pour participer à ce rite. Pour moi, le scénario fut tout autre : un voyage organisé par mon université, sans longue attente. Parmi tous les étudiants inscrits, seuls vingt ont été tirés au sort, et j’ai eu la surprise d’en faire partie, tout comme mon amie la plus proche. Ce fut une vague d’émotions à l’université ce jour-là, des larmes de joie pour les heureux élus, des adieux entre amis.

Nous avons rejoint d’autres étudiants sélectionnés d’universités différentes. Imaginez : un groupe de jeunes femmes prêtes à porter du blanc de la tête aux pieds dans un pays où la plupart des femmes arborent le noir, une Arabie Saoudite où, à l’époque, les femmes ne pouvaient pas encore conduire, mais où la gentillesse se manifeste souvent dans les gestes les plus simples.

À bord de l’avion

Nous avons embarqué sur un vol Iran Air depuis Téhéran à destination de Djeddah. Téléphones éteints, préoccupations laissées derrière, même les examens finaux repoussés. C’était juillet, il faisait chaud à Téhéran, mais rien comparé à ce qui nous attendait. Deux heures et demie plus tard, à la descente de l’avion, la chaleur de Djeddah nous a enveloppés sans ménagement.

Nous avons été conduits dans le hall de l’aéroport, l’attente des bagages et du contrôle des visas s’est faite dans le calme. Les Iraniens ont appris à patienter dans ces moments, assis, absorbés dans leurs pensées.

La mosquée Masjid-al-Nabi à Médina. Ce lieu, d’une beauté saisissante, incarne la ferveur et l’histoire. Notre guide, qui connaissait ces terres par cœur, veillait sur nous. Après la formalité du visa, retour sous la fournaise saoudienne, mais notre séjour à Djeddah serait bref.

Après les prières du midi et de l’après-midi, nous avons embarqué dans un autocar climatisé, armés de bouteilles d’eau glacée et de fruits, direction Médina, ce que beaucoup appellent le « paradis des musulmans ».

De Djeddah à Médina

L’Iran et l’Arabie Saoudite partagent bien des similitudes géographiques, mais je n’avais jamais vu de désert recouvert de pierres, une vision singulière sur la route de Djeddah à Médina.

Ce paysage minéral, immense, nous a accompagnés tout au long du trajet, et les appareils photo n’ont pas chômé, chacun tentant de capturer la magie du désert depuis le bus.

Le guide a diffusé un CD évoquant la profondeur et l’impact du pèlerinage, sur soi et sur la société. Certains étudiants écoutaient, d’autres lisaient le Coran, d’autres encore laissaient couler leurs larmes, émus par la réalité de ce moment.

Après cinq heures de voyage, le désert s’est effacé devant la silhouette imposante de la mosquée Masjid-al-Nabi. Beaucoup n’ont pu retenir leurs larmes face à ce lieu tant attendu.

Prières et rencontres

Les prières rassemblent des fidèles venus des quatre coins du monde : Liban, Égypte, Malaisie, Turquie, Jordanie, Syrie, Irak, Pakistan, Afghanistan, Golfe Persique, Afrique, États-Unis…

La foule peut atteindre 750 000 personnes lors du pèlerinage. Tous entourent la Ka’ba, et l’appel à la prière résonne partout dans la ville. Les commerçants ferment boutique sans même verrouiller, confiants, et rejoignent la mosquée. Ici, la crainte du vol n’existe pas. J’ai vu une jeune fille noire, haletante, courir rejoindre la prière, portée par une énergie bouleversante.

La prière à Médina apaise, elle enveloppe le cœur et l’esprit. Après, certains s’installent pour lire le Coran, profitant du calme et de la beauté de l’architecture. L’ambiance est sereine, sans tension, propice à la méditation.

Assise près d’une colonne, je lisais en silence. Une femme saoudienne s’est installée à côté de moi, entamant la conversation en arabe. Malgré des années d’étude de la langue, son accent me demandait un effort de compréhension. Elle m’a encouragée à lire à voix haute : « Quand tu récites, les anges inscrivent des bienfaits pour toi ! »

Shopping à Médina : taxis offerts

Médina regorge de centres commerciaux modernes et de marchés animés. Même en plein mois de juillet, l’ambiance reste agréable. Fait étonnant : les centres commerciaux offrent les trajets en taxi jusqu’à leurs portes aux visiteurs étrangers, et le retour vers l’hôtel est également pris en charge. Le centre commercial paie le taxi, une vraie surprise !

Les prix diffèrent largement de ceux pratiqués en Iran. Une chemise de nuit coûte 15$, alors qu’en Iran, le même vêtement peut valoir jusqu’à 130$. Il est de coutume, pour un Iranien, de ramener des cadeaux à tous les proches après un voyage à La Mecque ou à Médina, ce qui a rendu les Iraniens célèbres pour leur frénésie d’achats en Arabie Saoudite.

La monnaie iranienne est acceptée dans de nombreux commerces, même chez les vendeurs ambulants. Beaucoup d’Arabes parlent un peu farsi, ce qui rend le séjour particulièrement accessible aux Iraniens.

La vie à Médina

La ville de Médina respire la sécurité. Je pouvais sortir de l’hôtel à 3h du matin, sereine, pour les prières de l’aube. À cette heure, les rues sont déjà animées par les pèlerins et les habitants qui rejoignent la mosquée Masjid-al-Nabi.

Avant le lever du soleil, il est courant de croiser de jeunes vendeurs proposant des souvenirs sur un coin de trottoir. Ces enfants, souvent polyglottes, échangent facilement votre argent contre des riyals saoudiens.

L’habit blanc, de la tête aux pieds

Le dernier jour à Médina, nous sommes retournés à Masjid-al-Nabi pour les prières d’adieu avant de regagner l’hôtel. Le guide nous a demandé d’enfiler nos vêtements blancs : la nuit et la journée suivantes allaient marquer une étape clé de notre voyage.

Nous allions devenir Mohrem, état qui n’est pas qu’une affaire d’habit, mais d’intention : celle d’accomplir le pèlerinage. L’émotion était palpable, nous chantions « Labayk, Allahuma Labayk… », une invocation signifiant « Me voici à ton service, ô Seigneur ».

La mosquée Shajare : passage vers la Mecque

Dans le bus, chacun habillé de blanc, nous sommes arrivés à la mosquée Shajare. Le lieu débordait de visiteurs. Une prière à réciter, et l’état de Mohrem était officialisé. L’ambiance était chargée, il devenait difficile de retrouver ses amis, tout le monde se ressemble en blanc !

L’égalité des pèlerins frappe : hommes et femmes, tous vêtus simplement, sans distinction. Une fois la prière accomplie, la solennité s’est installée. Un code de conduite s’impose alors, que voici :

  • Ne pas prononcer de paroles blessantes
  • Éviter le mensonge ou la médisance
  • Respecter les animaux, ne pas les déranger
  • Ne pas se gratter, ne pas chasser
  • Ne pas couper ses cheveux ou ses ongles
  • Ne pas couvrir son visage ni se regarder dans un miroir
  • Pour les hommes, ne pas porter de vêtements cousus

Même une fourmi sur le visage doit être laissée tranquille ! Après les prières, la sérénité régnait. Nous avons repris le bus, direction La Mecque. Nuit courte à l’hôtel, réveil à 3h pour la visite attendue à la Ka’ba et les rites du pèlerinage permettant de devenir Hajji.

Dans le bus, le « Labayk » résonnait à l’unisson, certains pleuraient, d’autres notaient leurs souvenirs dans des carnets. Sur la route, un panneau précisait : « L’entrée des non-musulmans est interdite ». Seules les personnes de confession musulmane peuvent accéder à La Mecque, signe d’une tradition respectée.

Le premier regard sur la Ka’ba et Tawaf

Au petit matin, nous nous sommes rendus à Masjid-al-Haram, là où trône la Ka’ba. Le guide nous a conseillé de garder la tête baissée ; selon la croyance, le premier regard porté sur la Ka’ba exauce les vœux. Nous avons avancé, puis, au signal, levé les yeux. Face à nous, la Ka’ba, ce rêve devenu réalité.

Le rite du Tawaf consiste à tourner sept fois autour de la Ka’ba, toujours dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. À toute heure, le flot de pèlerins ne s’interrompt jamais.

Hommes et femmes accomplissent ce tour, tout comme les animaux qui peuvent aussi accéder à la mosquée, car Dieu accueille toutes ses créatures dans ce lieu d’une propreté irréprochable.

Une chance rare : la porte de la Ka’ba s’ouvre

Notre séjour coïncidait avec le 13 Rajab, date anniversaire de la naissance de l’imam Ali, né à l’intérieur même de la Ka’ba. Ce jour-là, alors que nous lisions le Coran, une rumeur de joie a enflé dans la mosquée. Le roi d’Arabie Saoudite et le président du Pakistan sont arrivés, accompagnés de plusieurs femmes. Ils sont montés dans la Ka’ba, puis ressortis sous les regards émerveillés. Voir la porte de la Ka’ba ouverte est un moment rare, convoité par tous les pèlerins. C’était l’apogée de notre voyage.

D’autres lieux à découvrir

Au-delà des deux grandes mosquées, la région abrite de nombreux sites remarquables. Parmi eux, une grotte dans la montagne, dont la légende dit qu’elle exhale encore le parfum du Prophète Mahomet. Cette odeur, forte et persistante, imprègne même les vêtements des visiteurs. Le site, difficile d’accès, reste à l’écart des circuits routiers.

Autre étape attendue : la grotte Hira, perchée sur une montagne escarpée. C’est là que la révélation du Coran est descendue sur le Prophète. L’ascension est ardue, mais chaque pèlerin s’y presse, porté par la foi.

Dire au revoir à la Ka’ba

Deux semaines passées dans cet univers bouleversent. Le moment du départ est chargé d’émotion. Les liens créés avec les femmes saoudiennes et malaisiennes, la beauté du lieu, tout cela rend l’adieu difficile. Mais l’appel du retour à Téhéran se fait entendre.

Nous avons rejoint l’hôtel pour préparer nos affaires. Les bagages sont confiés à l’organisation, passeports et vêtements blancs conservés pour rentrer en Iran. À l’aéroport, les familles attendent avec impatience, malgré les retards fréquents sur les vols du pèlerinage. Le blanc que nous portons les comble de fierté. Les larmes accompagnent la séparation avec la Ka’ba.

Retour en Iran

La tradition veut que la famille accueille les pèlerins à l’aéroport, parfois avec une banderole à la maison. La soirée du retour devient un moment de fête, les invités affluent, on échange des cadeaux et des souvenirs. On m’appelle désormais Hajji.

Hajj & Omra : différences et sens

Le pèlerinage représente l’accomplissement spirituel du croyant musulman. La Omra, plus courte, peut se faire à tout moment de l’année, tandis que le Hajj se déroule sur cinq jours, du 9 au 13 Dhu Al-Hijjah, douzième mois du calendrier lunaire. Les rites de l’Ihram sont similaires dans les deux cas. Pour ce voyage, c’est la Omra que j’ai vécue.

La Ka’ba au centre

Le cœur du pèlerinage est la Ka’ba, reconstruite par le prophète Ibrahim il y a quelque 4000 ans. Elle se dresse au centre de la grande cour de la mosquée Masjid-el-Haram, entourée du Muqam-e-Ibrahim et de la source de Zamzam. La Ka’ba est la première maison bâtie pour l’adoration de Dieu. On la nomme aussi « Bait-Ullah », « Bait-ul-Ateeq » ou « Baitul Ma’amoor ». Où qu’ils soient dans le monde, les musulmans orientent leurs prières vers elle. Ce lieu rassemble des signes manifestés par Dieu, visibles tout autour.

Masjid-el-Haram

La Ka’ba est entourée d’une mosquée rectangulaire aux coins arrondis. Les pèlerins y prient, formant des cercles concentriques face à la Ka’ba.

Marziyeh Ebrahimi, journaliste iranienne, cumule cinq années d’expérience à l’ISNA. Diplômée en journalisme, elle collabore aujourd’hui avec divers médias et magazines, tout en menant des recherches et en participant à des conférences internationales. Elle cultive une passion pour l’écriture, les voyages, la musique et les arts visuels.