Le prix des disques durs n’a jamais été aussi bas, mais la chute vertigineuse des tarifs s’est essoufflée : la course au stockage le moins cher touche à sa fin, sans vainqueur. En 1981, un gigaoctet coûtait une fortune, près de 500 000 dollars. Aujourd’hui, il se négocie sous la barre des trois centimes. Entre-temps, le secteur a traversé des tempêtes, comme la crise thaïlandaise de 2012 qui a fait bondir les prix. Matthew Komorowski a méticuleusement retracé la saga de la baisse des tarifs jusqu’en 2014. Depuis, nos propres achats de disques durs complètent la fresque : la pente s’est nettement adoucie, le prix du gigaoctet ne s’effondre plus comme avant.
75 000 nouveaux disques durs
En 2013, alors que la crise thaïlandaise secouait le marché, nous avons analysé le coût par gigaoctet de nos achats. À l’époque, un disque de 4 To revenait à 0,04 $ le gigaoctet. Depuis, les capacités ont explosé : 5, 6, 8, puis 10 To sont devenus la norme, et nous avons engrangé près de 75 000 nouveaux disques. Voici un aperçu, taille par taille, des modèles acquis depuis notre précédent bilan de 2013.
Quelques constats frappants :
Pour mieux comprendre les tendances, voici deux points qui se dégagent nettement :
- Nos commandes se font en masse, par milliers. Les particuliers qui achètent chez Costco, BestBuy ou sur Amazon paient souvent plus cher à l’unité.
- L’impact de la crise thaïlandaise transparaît nettement entre octobre 2011 et la mi-2013, période durant laquelle les prix se sont emballés.
L’énigme du disque dur 4 To
Jusqu’à l’arrivée des modèles 4 To, le schéma était limpide : plus la capacité grimpait, plus le coût au gigaoctet chutait. Un disque de 2 To revenait moins cher, au giga, qu’un modèle 1 To, et ainsi de suite. Mais ce modèle s’est grippé avec l’arrivée des 6 et 8 To, surtout si on regarde les 4 To. Le graphique le prouve : le coût par giga d’un 6 To reste supérieur à celui d’un 4 To. Les 8 To frôlent à peine l’équilibre. Autrement dit : les disques 4 To dominent toujours la compétition tarifaire, comme en atteste le comparatif des prix actuels des modèles Seagate, ci-dessous.
Prix du disque dur Seagate par taille
| Taille du lecteur | Modèle | Prix | Coût/GB |
|---|---|---|---|
| 1 TO | ST1000DM010 | 49,99 $ | 0,050 $ |
| 2 TO | ST2000DM006 | 66,99 $ | 0,033 $ |
| 3 TO | ST3000DM008 | 83,72 $ | 0,028 $ |
| 4 TO | ST4000DM005 | 99,99 $ | 0,025 $ |
| 6 TO | ST6000DM004 | 240,00 $ | 0,040 $ |
| 8 TO | ST8000DM005 | 307,34 $ | 0,038 $ |
Ces chiffres sont issus des prix Amazon du moment. Les modèles retenus sont des disques « grand public », les mêmes que l’on retrouve dans nombre de datacenters.
Les lois de la fabrication et de la commercialisation, qui ont longtemps fait baisser les prix, semblent avoir changé. Prenons les 6 To : ils existent depuis au moins trois ans, mais leur coût par gigaoctet n’a presque pas bougé, restant loin derrière les 4 To. À l’inverse, en 2011, les 3 To sont passés sous le prix au giga des 2 To en l’espace de quelques mois. Est-ce que le marché s’est mis d’accord, implicitement, pour juger que 4 To suffisaient désormais ? Faute de demande massive sur les plus grosses capacités, les économies d’échelle ne jouent plus à plein.
La limite de la baisse : le plancher se rapproche
Ce qui frappe, c’est le ralentissement de la chute des prix au fil des années. La tendance reste à la baisse, mais le rythme s’essouffle, comme le montre le graphique suivant sur notre coût moyen par gigaoctet, trimestre après trimestre.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre janvier 2009 et janvier 2011, le coût moyen d’un disque dur a plongé de 45 % : de 0,11 $ à 0,05 $ par gigaoctet. Mais sur la période 2015-2017, la baisse n’est que de 26 %, soit à peine 0,01 $ par giga économisé. Autrement dit, le prix du stockage ne pèse plus autant dans la réduction des coûts d’infrastructure.
Les projections d’IDC et d’EMC donnent le vertige : en 2020, le volume mondial de données devait grossir cinquante fois, atteignant 44 milliards de milliards de gigaoctets créés chaque année. Mais alors que la courbe de coût par gigaoctet se tasse, l’industrie du stockage fait face à un défi inédit. Les progrès technologiques, disques à hélium, HAMR, et demain stockage quantique ou sur ADN, sont déjà en chantier. Reste à espérer que ces innovations casseront à nouveau les prix, au lieu de simplement suivre la cadence. Une nouvelle rupture tarifaire serait la bienvenue, histoire de relancer la course.




