Un propriétaire bailleur qui loue un appartement à un jeune salarié veut se protéger contre les impayés. Il souscrit une assurance loyers impayés. Le locataire, de son côté, propose une caution bancaire pour rassurer davantage. Peut-on combiner ces deux dispositifs pour doubler la sécurité ? La réponse tient en quelques règles précises, posées par la loi française, et la marge de manœuvre est plus étroite qu’on ne l’imagine.
Interdiction de cumul GLI et caution : ce que dit la loi Boutin
Avant de parler de stratégie, il faut poser le cadre légal. La loi du 25 mars 2009, dite loi Boutin, a tranché cette question dans son article 55. Un bailleur ne peut pas cumuler une assurance loyers impayés et une caution, qu’elle soit bancaire ou personnelle.
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Le raisonnement du législateur est simple. Exiger deux garanties pour un même risque (le non-paiement du loyer) place le locataire dans une position déséquilibrée. La loi protège donc le locataire en obligeant le propriétaire à choisir l’un ou l’autre dispositif.
Si un bailleur passe outre cette interdiction, la clause de cautionnement peut être déclarée nulle par un tribunal. Le propriétaire se retrouve alors avec une seule garantie, celle de l’assurance, et perd le bénéfice de la caution qu’il croyait avoir sécurisée.
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Assurance loyers impayés : fonctionnement et couverture
L’assurance loyers impayés, couramment appelée GLI, est un contrat souscrit par le propriétaire auprès d’un assureur. En cas de défaut de paiement du locataire, l’assureur prend en charge les loyers non perçus pendant une durée définie au contrat.
La couverture ne s’arrête pas aux loyers. Selon les contrats, la GLI peut aussi inclure :
- Les frais de procédure judiciaire en cas d’expulsion (honoraires d’avocat, frais d’huissier)
- Les dégradations locatives constatées au départ du locataire, au-delà de l’usure normale
- La vacance locative si le locataire quitte le logement sans préavis régulier
En contrepartie, l’assureur impose des critères de solvabilité au locataire. Le candidat doit généralement justifier de revenus nets représentant plusieurs fois le montant du loyer. Un locataire jugé insuffisamment solvable sera refusé par l’assureur, ce qui empêche le propriétaire de souscrire la GLI pour ce profil.
Caution bancaire pour location : comment ça fonctionne
La caution bancaire repose sur un mécanisme différent. Le locataire dépose une somme d’argent sur un compte bloqué dans sa banque. En échange, la banque s’engage auprès du propriétaire à régler les loyers impayés, dans la limite du montant déposé.
Ce dispositif intéresse surtout les locataires qui disposent d’une épargne suffisante mais dont les revenus mensuels ne remplissent pas les critères classiques. Un travailleur indépendant avec des revenus irréguliers, par exemple, peut proposer une caution bancaire pour compenser un dossier atypique.
Le coût de la caution bancaire est supporté par le locataire : frais de dossier bancaire, immobilisation de la somme pendant toute la durée du bail. Le propriétaire, lui, n’a rien à payer, mais il ne bénéficie d’aucune couverture pour les dégradations ou les frais juridiques.
Étudiants et apprentis : la seule exception au cumul
La loi Boutin prévoit une dérogation unique. Lorsque le locataire est étudiant ou apprenti, le cumul GLI et caution est autorisé.
Pourquoi cette exception ? Les étudiants et apprentis présentent un profil particulier. Leurs revenus sont faibles ou inexistants, et leurs garants (souvent les parents) ne répondent pas toujours aux exigences des assureurs. Le législateur a considéré que leur accès au logement serait trop compromis sans cette souplesse.
Dans ce cas précis, un propriétaire peut souscrire une assurance loyers impayés tout en demandant une caution (bancaire ou personnelle). La garantie Visale, dispositif gratuit proposé par Action Logement, peut également intervenir pour ce type de profil comme alternative à la caution bancaire classique.

GLI ou caution bancaire : critères pour choisir la bonne garantie
Puisque le cumul est interdit dans la majorité des cas, le propriétaire doit trancher. Voici les éléments concrets qui orientent ce choix :
- Le profil du locataire : un salarié en CDI avec des revenus stables sera accepté par la plupart des assureurs GLI. Un indépendant ou un retraité à revenus modestes aura plus de chances avec une caution bancaire
- L’étendue de la protection souhaitée : la GLI couvre les impayés, les dégradations et les frais juridiques. La caution bancaire ne couvre que les impayés, dans la limite du montant bloqué
- Le coût et sa répartition : la GLI est payée par le propriétaire (prime annuelle calculée sur le loyer). La caution bancaire est à la charge du locataire
- La durée de couverture : la GLI se renouvelle chaque année tant que le contrat court. La caution bancaire est plafonnée au montant déposé, sans renouvellement automatique
Un propriétaire qui loue un bien dans une zone tendue, où les candidats solvables ne manquent pas, aura tout intérêt à privilégier la GLI. La couverture est plus large et le locataire n’a pas à immobiliser d’épargne.
À l’inverse, dans un marché moins concurrentiel ou face à un locataire au dossier atypique mais disposant d’une épargne confortable, la caution bancaire reste une solution pragmatique qui débloque la situation sans passer par un assureur.
Alternatives à la caution bancaire et à la GLI
Des dispositifs intermédiaires existent pour les situations où ni la GLI ni la caution bancaire ne conviennent parfaitement. La garantie Visale, gratuite pour le locataire et le propriétaire, couvre les impayés de loyer et les dégradations locatives. Elle s’adresse aux salariés de moins de 30 ans, aux titulaires d’un bail mobilité et à d’autres profils définis par Action Logement.
Des plateformes de certification de locataires proposent également des garanties locatives. Ces services vérifient la solvabilité du candidat et se portent garants auprès du propriétaire moyennant des frais pour le locataire. Ces solutions ne remplacent pas la GLI mais offrent une alternative quand l’assureur refuse le dossier.
Le choix entre ces dispositifs dépend du profil du locataire, du type de bail et du niveau de protection recherché par le propriétaire. Dans tous les cas, la règle reste la même : une seule garantie par bail, sauf pour les étudiants et apprentis. Vérifier le cadre légal avant de signer évite des clauses nulles et des litiges coûteux.

