La forme « tu m’envois » apparaît chaque jour dans des milliers de messages, e-mails et SMS. Le verbe envoyer, conjugué au présent avec le sujet « tu », prend pourtant la terminaison -es et non -s. La bonne graphie est « tu m’envoies ». Cette confusion persiste bien au-delà des bancs de l’école, jusque dans les correspondances professionnelles de cadres expérimentés.
Pourquoi les correcteurs automatiques laissent passer « tu m’envois »
La plupart des articles sur le sujet se contentent d’expliquer la règle de conjugaison. Ils passent à côté d’un facteur qui entretient la faute au quotidien : les correcteurs intégrés aux messageries et aux smartphones ne détectent pas systématiquement « j’envois » ou « tu m’envois » quand le contexte de la phrase est mal analysé par l’algorithme.
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Le mot « envois » existe bel et bien en français. C’est le pluriel du nom masculin « un envoi ». Quand vous tapez « envois » dans un e-mail, le correcteur ne le signale pas puisqu’il figure dans le dictionnaire. La machine ne distingue pas toujours si vous utilisez le nom ou le verbe.
Ce phénomène a un effet concret : la faute se stabilise chez les utilisateurs réguliers d’écrits courts. Un SMS ne déclenche aucune alerte, le cerveau enregistre la graphie comme valide, et la forme incorrecte se renforce à chaque usage. Des didacticiens de l’écrit ont pointé cette boucle dans des travaux sur l’influence du numérique sur l’orthographe, publiés notamment dans la revue Le Français aujourd’hui.
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Conjugaison du verbe envoyer au présent : tableau des terminaisons
Le verbe envoyer appartient au premier groupe (terminaison en -er). Au présent de l’indicatif, il suit le même schéma que les autres verbes en -oyer comme « nettoyer » ou « employer » : le y se transforme en i devant un e muet.
| Pronom | Conjugaison correcte | Erreur fréquente |
|---|---|---|
| je | j’envoie | j’envois / j’envoi |
| tu | tu envoies | tu envois |
| il / elle | il envoie | il envoi |
| nous | nous envoyons | – |
| vous | vous envoyez | – |
| ils / elles | ils envoient | ils envois |
La terminaison -s n’apparaît jamais au présent d’un verbe du premier groupe. Avec « je », la terminaison est -e. Avec « tu », c’est -es. La confusion vient souvent d’une contamination par les verbes du deuxième ou troisième groupe (je finis, tu finis, je vois, tu vois), où le -s est la norme.
Envoie, envoi, envoies : trois graphies, trois fonctions distinctes
Une partie du problème tient à l’existence de formes très proches qui remplissent des rôles grammaticaux différents. Les confondre revient à mélanger un verbe et un nom, ce qui peut changer le sens d’une phrase dans un contexte professionnel.
- Envoi (sans e final) : nom masculin singulier. « L’envoi du colis est prévu demain. » C’est la forme que l’on retrouve dans « accusé d’envoi », « envoi recommandé ».
- Envoie (avec e final) : verbe envoyer conjugué au présent avec je, il ou elle. « Je vous envoie le document. » C’est aussi la forme de l’impératif à la deuxième personne du singulier : « Envoie-moi un message. »
- Envoies (avec es) : verbe envoyer conjugué au présent avec tu. « Tu m’envoies une photo ? » Le -s marque uniquement la deuxième personne.
Le piège le plus courant dans un mail professionnel reste la confusion entre le nom « envoi » et le verbe « envoie ». La phrase « Je requiers l’envoi du dossier » prend le nom sans e. La phrase « Je vous envoie le dossier » prend le verbe avec e.
Faute d’orthographe dans un mail professionnel : un marqueur perçu comme disqualifiant
Écrire « je vous envois » dans un e-mail de candidature ou un message à un client ne relève pas d’un simple détail. Des formateurs en entreprise rapportent que cette faute fait partie des erreurs jugées « disqualifiantes » sur un CV ou dans une lettre de motivation, y compris chez des profils bac+5.
La raison est simple : le verbe envoyer est l’un des plus utilisés dans la correspondance écrite. Le destinataire le lit plusieurs fois par jour. Une terminaison incorrecte saute aux yeux d’un recruteur ou d’un responsable habitué à traiter des dizaines de messages quotidiens.
Cette dimension de « marqueur social » dépasse la question grammaticale. La maîtrise de la conjugaison des verbes courants signale une attention au détail que beaucoup de décideurs associent, à tort ou à raison, à la rigueur professionnelle globale du rédacteur.

Moyen mnémotechnique pour ne plus confondre envoie et envois
Remplacez mentalement « envoyer » par un autre verbe du premier groupe dont la conjugaison ne prête pas à confusion, comme « donner » ou « chanter ».
Si vous diriez « je donne », alors c’est « j’envoie » (pas de s). Si vous diriez « tu donnes », alors c’est « tu envoies » (avec -es, pas -s seul). Cette substitution fonctionne à chaque fois parce que tous les verbes du premier groupe partagent les mêmes terminaisons au présent : -e, -es, -e, -ons, -ez, -ent.
Autre repère utile : si vous pouvez placer « un » ou « l’ » devant le mot, c’est le nom « envoi » sans e. Si le mot est précédé d’un pronom sujet (je, tu, il), c’est le verbe, et il prend la terminaison correspondante.
La réforme de 1990 n’a rien changé pour envoyer
Certains scripteurs se demandent si une graphie alternative existe depuis les rectifications orthographiques de 1990. La réponse est non. La réforme n’a pas modifié la conjugaison du verbe envoyer au présent. La forme ancienne « j’envoye », attestée dans des textes classiques, n’a pas été réintroduite.
Les rectifications de 1990 ont touché d’autres points (accents, traits d’union, pluriels de mots composés), mais la conjugaison des verbes en -oyer au présent de l’indicatif est restée strictement identique. Aucune variante ne permet donc d’écrire « envois » comme forme verbale au présent, quelle que soit la norme de référence adoptée.
La prochaine fois que vous hésitez en tapant un message, le test de substitution par « donner » tranche la question en une seconde. Et si votre correcteur automatique ne souligne rien, gardez en tête qu’il reconnaît le nom « envois » sans analyser votre intention grammaticale.

